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24 May 17 15:15

À l’horizon 2030, les 750 plus grandes métropoles mondiales vont porter plus de 60% du PIB mondial. Parmi elles, aujourdhui, 139 villes européennes portent 44% du PIB européen, avec une taille moyenne de population de 1,7mn d’habitants.

Relever les défis majeurs de l’inclusion sociale, de la menace climatique et de la réinvention des espaces urbains en s’appuyant sur les atouts des révolutions technologiques, est donc une priorité. Il nous revient de construire de véritables feuilles de route systémiques pour transformer les composantes essentielles de nos villes: sociale, économique, culturelle, écologique, en lien avec leur résilience.

Les villes ont survécu à toute sorte d’événements à travers l’histoire et sont, sans conteste, les plus durables des structures socio-territoriales. Elles sont un repère solide, socle majeur de l’expression des habitants face aux défis. Dans ce XXIème siècle, leur prépondérance n’a jamais été aussi manifeste. Parmi elles, les villes-monde sont devenues des acteurs politiques, économiques, culturels, sociaux à part entière, et ce, bien au-delà de leur sphère d’influence territoriale. Cette évolution irréversible se traduit par des transformations structurelles qui vont impacter les décennies à venir. Être maire d’une grande métropole, parfois génératrice d’un PIB supérieur à celui d’un État, est un élément majeur dans les changements géostratégiques qui impactent la politique du monde, et va inéluctablement se renforcer à l’avenir.

La ville est un territoire de vie et de rencontres soumis à un changement permanent. La ville possède son propre métabolisme, né de l’interaction des multiples systèmes qui la constituent. Les questions énergétiques et l’urgence de la ville décarbonée nous ont déjà obligés à placer le développement durable au centre de la vie de la ville.
Grâce à Internet, la cartographie, la géolocalisation, l’internet des objets, les réseaux, l’électronique, les télécommunications, les usages actuels et à venir transforment la relation des habitants avec leur ville. Comment mener, dès lors, la transition qui fait de tout citoyen un véritable acteur au sein de sa ville, et ce grâce à la puissance du digital?

Aux quatre coins de la planète la révolution digitale est bel et bien en marche. Elle a débuté il y a longtemps maintenant, avec l’installation des mailles denses des réseaux de communication et l’Internet. La révolution de la mobilité, avec la massification des smartphones, est venue la prolonger, et de nouvelles mailles capillaires, avec toute sorte d’objets communicants, ont vu le jour.

Dans quelques années la 5G viendra encore transformer notre capacité à communiquer et à se connecter, avec 100 fois le débit actuel. Ce phénomène ne doit cependant pas nous en faire oublier un autre. Qu’il s’agisse des réseaux sociaux ou d’objets, le vrai défi qui se pose à nous aujourd_hui consiste à faire converger le monde physique ou réel et le monde virtuel, celui de la communication hyperactive et de ses interfaces, pour produire des services qui transforment nos vies et nos villes.

À la fois science et outil, le numérique est lui-même un puissant levier de transformation. Le numérique doit nous aider à comprendre le monde pour le transformer, il ne s’agit pas pour nous d’une fin en soi.

Quand nous parlons dans la ville de véhicules partagés, de mobilité multimodale, d’énergies décentralisées, de valorisation patrimoniale, d’espaces publics urbains de convivialité, de santé publique personnalisée, de meilleure qualité de vie pour le troisième et quatrième âge, d’éducation massive en ligne, d’espaces de culture, d’art et de divertissement ouverts, de démocratie participative sous des gouvernances ouvertes, de systèmes collaboratifs d’information… nous parlons de ce nouveau paradigme, dans lequel les objets n’existent que par leur usage social. Un nouveau paradigme dans lequel la révolution digitale, incarnée dans les objets à travers les services, offre au citoyen des espaces de vie et permet ainsi une transformation quotidienne réelle.

Des nouveaux modèles de vie donnent lieu aussi à de nouveaux modèles économiques. L’économie du partage au cœur du nouveau paradigme que nous voyons actuellement émerger au sein des villes, est basée sur les services et les usages – le service étant aujourd_hui la clé de la qualité de vie dans la ville. En d’autres termes, l’économie du partage participe à la transformation vers la transition urbaine – vers une ville durable, humaine, vivante – car elle fait appel à une autre manière de consommer, avec la production et les usages collaboratifs. La notion de partage est en effet cruciale, car elle permet, d’une part, de fluidifier les relations sociales existantes, d’en développer d’autres d’un nouveau type, mais aussi de transformer de façon cohérente les relations de l’homme avec l’environnement.

L’économie du partage est en outre fort intéressante parce qu’elle privilégie des échanges de nature nouvelle, qui permettent à l’usager de sortir de cette approche de consommateur que nous avons héritée du 20ème siècle. Elle transforme aussi la vision de ceux qui produisent des biens et des services, puisque dans l’économie de partage, la propriété des objets techniques est remise en cause et c’est leur fonction qui est valorisée, celle-ci permettant de créer de nouveaux modèles.

Au plan éco-systémique, ces nouvelles pratiques remettent enfin en cause les services associés. Dans l’hôtellerie par exemple, il existe tout un tas de services associés à l’offre d’hébergement : ménage, soin du linge, assurances etc. De nouveaux enjeux émergent au sein de l’économie de partage: par exemple, si je suis hébergé via Air BnB chez un particulier et que je crée un dommage chez lui, comment suis-je couvert? De même, comment statuer sur la responsabilité d’un pratiquant de covoiturage qui occasionne un accident? C’est l’ensemble de nos pratiques, jusque dans leur dimension juridique, qui sont ainsi ébranlées. On observe d’ailleurs que de nombreux secteurs de l’économie classique s’efforcent de s’ouvrir à l’économie de partage, comme la grande distribution par exemple. Des filiales de grands groupes se lancent dans ce modèle – en vue de «passer à un nouveau mode de consommation» des biens de consommation courante, en les louant au lieu de les acheter.

L’économie de partage transforme également la relation entre l’homme et les espaces publics au sein de la ville. Nous voyons en effet naître de nouveaux espaces de partage au sein des villes: co-parking, co-working… Mais ces espaces font eux-mêmes naître de nouvelles relations sociales et de nouvelles façons d’interagir! Un espace de co-working par exemple ne donne pas seulement accès à un espace de bureau et un poste informatique, il donne accès à des espaces décloisonnés où l’on rencontre d’autres personnes et où l’on partage des savoirs, ce qui crée de nouvelles synergies. Demain, on partage l’espace de travail pas seulement pour des raisons environnementales ou pratiques, mais pour développer sa puissance de travail ou renforcer sa créativité.

Les réseaux sociaux jouent par ailleurs un rôle crucial dans la diffusion de cette économie de partage et ils sont amenés à prendre de plus en plus d’importance dans la ville de demain. Aujourdhui, ils sont avant tout des sites d’échanges et d’information. Demain, on aura affaire à des réseaux sociaux hybridés, qui permettent de tisser de nouvelles relations sociales par le biais de l’hybridation technologique. Ce ne sera plus le fait de me relier à d’autres personnes qui sera leur fonction principale, mais leur capacité à créer de nouveaux services – ou des services réinventés car moins chers, moins polluants etc. Géolocalisation, ubiquité et hybridation réunies permettront donc d’aller très loin, et couplés à la puissante notion des plateformes, les bouleversements et transformations à l’échelle de nos vies quotidiennes seront majeures.

Mais n’oublions pas que la ville vivante est par essence une ville fragile, sensible, qui peut à tout moment basculer dans l’imprévisible et être mise à l’épreuve. La rendre plus résistante face aux aléas représente donc, plus que jamais, un enjeu d’avenir. La ville doit être à la hauteur des exigences et des besoins de ses habitants. Or, parmi leurs premiers besoins se trouve la résilience. La ville doit avoir la capacité de surmonter les aléas. Car la résilience, ce n’est pas comment secourir mieux ou au plus vite! C’est une manière de nous imprégner du monde dans lequel nous vivons, de cerner l’ensemble de nos conditions de vie – et c’est aussi connaître notre histoire, notre passé, le contexte, les évolutions et transformations qui ont eu lieu dans notre ville pour pouvoir nous projeter vers le futur et l’anticiper. Car la résilience n’est pas non plus une démarche prédictive… Il s’agit en fait d’analyser, d’étudier des scénarii, de peser la dynamique de leurs possibles évolutions, pour ensuite prendre des décisions ici et maintenant, qui nous engagerons tous sur la suite, dans un devenir par définition toujours incertain.

Gardons aussi en tête comment le changement climatique menace nos vies urbaines. Nous avons beaucoup à apprendre de la gestion de risques naturels dans la vie urbaine : Le risque inondation est le premier risque naturel en France. Le caractère systémique de l’activité humaine, et la très forte interdépendance de la vie urbaine porte la menace à presque 20mns de personnes et 9mns d’emplois. Les dommages provoqués par les inondations sont de plus en plus importants, en raison du fort développement urbain et en particulier dans les zones inondables.

En France, sur les 25 dernières années, les aléas naturels représentent une valeur de 48mds d’euros. Selon l’Association française d’assurances, pour les 25 prochaines années, nous sommes face à «une tendance haussière du péril inondation de 104%» passant de 16mds d’euros d’indemnisations pour la période de 1998- 2013 à 34mds d’euros pour la période 2014-2039 à venir. Les aléas naturels pourraient ainsi coûter 92mds d’euros.

Voilà le défi, des villes pour nous, mais aussi pour les générations à venir. Cela exige des efforts, de réfléchir ensemble, d’échanger nos expériences, de partager nos meilleures pratiques, de construire de puissants outils, d’apprivoiser la plus performante des technologies… Enfin de construire une démarche où la ville plateforme, métropole, grande, moyenne ou petite est mise au service de la seule chose qui compte, la qualité de la vie.

J'aurai le plaisir d'en discuter lors d'un évènement avec l'industrie assurantielle, organisé par Swiss Re. Si vous avez des questions que vous aimeriez que je soulève, ou des commentaires, veuillez bien les ajouter en tant que commentaires ci-dessous.


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